5. Une victoire incertaine

 Au cœur de la bataille de Seneffe.
Récit de la sanglante journée du 11 août 1674
par Jean Constant, soldat de l’armée française.

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De Koninklijke Franse standaard buitgemaakt bij de slag bij Seneffe, 1674, gravure anonyme d’après Philips Vleugaert, 1674 collectie Rijksprentenkabinet, Rijksmuseum, Amsterdam.
Sous l’Ancien Régime, il était de coutume de prendre le drapeau ou l’étendard de son ennemi durant une bataille. Cet acte était un symbole de supériorité voire même de victoire. Ce fut notamment le cas pour La bataille de Seneffe. D’après plusieurs sources, les Français rentrèrent au pays avec une centaine d’étendards ennemis contre trois seulement pris par les alliés.

Ce combat autour du village de Fayt dura jusqu’à la nuit et chacune des armées était restée sur ses positions. Mon épaule était toujours aussi douloureuse mais je tenais bon en pensant à mes frères d’armes morts quelques heures auparavant sur le champ de bataille. Vers minuit, les combats furent suspendus et le calme revint enfin dans la plaine. Tout annonçait une reprise des combats le lendemain mais notre armée ainsi que celle de nos ennemis n’étaient plus en état de se battre. Les survivants étaient blessés, faits prisonniers ou simplement épuisés. Le prince de Condé ordonna notre retour au campement de Piéton. Orange fit de même avec ses hommes. Les derniers soldats restèrent sur place et dormirent parmi les cadavres. Moi, je pus retourner au camp. Dans le lointain, on put entendre les ennemis tirer 3 salves d’artillerie en signe de victoire. Au petit matin, notre armée fit de même. Ensuite, Condé ordonna la levée du camp. Dans mes oreilles, bourdonnaient encore la fusillade perpétuelle de la veille, musique de fond de cette terrible bataille de Seneffe.

27 000 hommes perdirent la vie au cours des combats. Les pertes furent quasi égales pour chacune des deux parties. En ce qui concerne l’issue de la bataille, elle reste indécise. Le prince d’Orange s’attribua la victoire mais cette dernière revint officiellement au prince de Condé. En effet, celui-ci confirma sa victoire par la levée du siège d’Audenarde entrepris par les alliés après La bataille de Seneffe. Les étendards et autres trophées ramenés par les troupes françaises furent également considérés comme un signe de victoire. Condé en ramena à la cathédrale Notre-Dame de Paris et fut surnommé le tapissier de Notre-Dame. Victoire certes, mais à quel prix ? Madame de Sévigné écrivit: « Nous avons tant perdu à cette victoire que sans le Te Deum et les drapeaux portés à Notre-Dame, nous croirions avoir perdu le combat ». (Mme de Sévigné au comte de Bussy-Rabutin, le 5 septembre 1674)

Récit du prince de Condé. Document provenant du fonds d’archives du Château de Seneffe.
Jadis, il était de coutume de rapporter les récits de batailles et de guerres au roi. Le récit du prince de Condé ressemble davantage à un compte rendu des évènements au roi plutôt qu’à une réelle histoire. Condé y expose les exploits de ses troupes avec beaucoup d’éloges et vante la supériorité de la France. Les évènements sont un tantinet exagérés en sa faveur.
Slag bij Seneffe, 1674, gravure de Gaspaar Bouttats d’après ses propres dessins, collectie Rijksprentenkabinet, Rijksmuseum, Amsterdam.
La question autour de l’issue de La bataille de Seneffe reste délicate. Les pertes françaises se sont élevées à environ 8000 hommes et celles des alliés à 12000. Ces chiffres comprennent les tués, les blessés et/ou les prisonniers. Les Hollandais subirent les pertes les plus graves. En effet, ils perdirent quasiment tous leurs équipages. Au final, chaque camp s’attribua la victoire comme le montre cette illustration.

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